Fraîchement revenue de voyage, je replonge dans le monde de la médecine, plus ou moins prête à vivre une deuxième année d'apprentissage et d'émotions.
16h après mon arrivée de l'Amérique du Sud, j'étais déjà dans une salle de classe en train de prendre des notes sur la cardiologie, module qui s'est d'ailleurs avéré fort intéressant et se classe désormais, avec la neurologie, parmi mes préférés. Les premières semaines de la rentrée ont été plutôt difficiles. Même si l'expérience en Colombie a été différente de toutes les précédentes, étant donné la courte durée du séjour (2 mois), mon état d'esprit pré-départ (hésitation frôlant le désintérêt) et l'étape de vie dans laquelle je me trouve actuellement (difficile à préciser...), il semblerait que je me serais attachée plus fortement que je ne le pensais à cette terre de café et de papillons. Ce n'est qu'en vivant un brutal choc culturel de retour (qui semble d'ailleurs s'étirer un peu trop longuement) que je me suis rendue compte à quel point il m'est difficile de concilier les forces opposées qui me tiraillent : mon amour du monde latino et mon envie de stabilité, les études et le voyage, les projets de vie et les projets de carrière.
Le retour à la routine fut donc pénible initialement, malgré mon enthousiasme pour les études et ma vie en colocation. Les séances d'études à l'ordinateur se sont souvent terminées en conversations MSN avec les amis colombiens et péruviens et les soirées de weekend en sorties à des fêtes latines. Peu à peu, je commence à retrouver le beat, même si mon corps languit après la salsa et des mots espagnols me sortent encore spontanément de la bouche. Au moins je suis maintenant capable de me concentrer et d'étudier sans m'évader dans des rêvasseries aux paysages andins... la plupart du temps.
Pour me garder saine d'esprit, je maintiens mon implication dans la plupart des projets de l'an passé. Maintenant coordonnatrice nationale des échanges cliniques de IFMSA, je me réjouis du nouveau contact avec des étudiants en médecine des autres pays. Mon bénévolat avec Médecins sans frontières se poursuit pour une 6è année et mon implication dans le CLAMP se maintient. Mais ma plus grande tristesse (autre que le départ d'une de mes colocs) est certainement la fin imminente de la merveilleuse expérience qu'a été le CASI. Même si je serai coordonnatrice de liaison avec la nouvelle cohorte et que le Café Intermed continuera d'être un second chez-moi, la perte du titre de CASIen me rend déjà nostalgique et me pousse à combler le grand vide prévu... par le théâtre! Avec mes 4-5 lignes et ma présence en tant que cadavre pendant les 2/3 de la pièce Clue, mon rôle de cuisinière cantonaise m'initiera à un monde plutôt intimidant que je n'ai encore jamais eu l'audace d'explorer.
Autre changement notable cette année : je n'ai plus ni l'envie ni l'énergie d'être hyper sociable. J'ai participé à toutes les activités de médecine l'an dernier par souci de m'intégrer et de connaître mes camarades de classe, même si je me suis vite rendue compte que la gang des "cool" n'était pas très perméable à ceux qui préfèrent parler de médecine engagée que du prochain party James Bond et se sentent plus à l'aise dans des T-shirts de campagne contre la tuberculose que des décolletés + mini-jupes. L'avantage d'être plus âgée que les autres, d'avoir eu un parcours long mais enrichissant, c'est que j'ai maintenant la confiance de m'assumer entièrement et de ne pas succomber à la pression sociale. Je ne veux plus rien savoir des soirées de débauche où il faut être sexy et soûl, ni faire des effors inutiles auprès de ceux qui me côtoient amicalement en APP mais font semblant de ne pas me voir dans les couloirs. Je serai une solitaire, une marginale. Je m'en fous. Je suis heureuse avec le petit groupe de gens qui n'achètent pas non plus le moule d'étudiants en médecine qui nous est imposé, qui m'apprécient et que j'apprécie vraiment, sincèrement.
samedi 19 septembre 2009
samedi 2 mai 2009
Au menu : tapas et tabous
Si j'étais (et suis encore) une zélée de l'environnement et du végétarisme, je suis devenue encore plus fanatique de la santé. J'en raffole. Je peux passer des journées entières à comparer les systèmes de santé, débattre les pour et contre du financement public vs. privé, étudier l'anthropologie médicale, rêver à la "liberation medicine", discuter des enjeux de santé mondiale. Les conférences sur la santé, j'en mange pour déjeuner. Peut-être parce que je vais en faire ma carrière, j'ai développé une soif insatiable d'apprendre et de m'informer. Et c'est lors d'une de ces nombreuses soirées d'apprentissage, parmi les plus marquantes de ma vie, que j'ai vu défiler devant moi une image concrète de ce que pourrait être ma future pratique.
LA TOXICOMANIE! Pourquoi m'attire-t-elle autant? Alors que l'ignorance engendre le mépris, la compréhension mène à la compassion, l'information à l'action. D'où la puissance de l'éducation comme outil de développement et de changement social. J'ai appris. J'ai compris. Je me lance!
L'attrait vient aussi de la révolte, celle qu'on a tous ressenti lorsque confronté à une injustice aberrante qui laisse un goût amer dans la gorge et une sensation nauséuse dans l'estomac, mais qui pousse au combat comme rien d'autre!
Et la toxicomanie, c'est tout un univers d'injustice, issue de mythes et de préjugés profondément ancrés dans nos esprits moralisateurs et dédaigneux. Cet univers tabou et marginal éveille difficilement la sympathie des gens, parce qu'ils voient la toxicomanie comme auto-infligée, auto-perpétuée et condamnable par la loi et la morale. On laisse donc les "drogués" s'injecter en cachette, s'infecter au bout de seringues malpropres et mourir overdosés dans la rue, en se disant qu'ils l'ont "cherché". En les déshumanisant, on accepte plus facilement leur sort. Parce qu'ils nous font peur, c'est un peu plus facile de fermer les yeux devant leur désarroi. Ce sont les vrais rebuts de la société.
Pourtant, ce n'est pas si simple. On pourrait passer notre temps à juger et à condamner tout le cheminement de ces gens, ce qui les a amené à consommer et abuser, mais si on veut réellement aider, changer, améliorer, il faut d'abord écouter. Écouter l'histoire personnelle complexe, éprouvante, voire traumatique (facteur prédisposant). Comprendre le contexte socio-économique propre à l'individu (facteur de risque). Apprendre sur les phénomènes physiologiques puissants qui entrent en jeu et transforment une consommation hédonique en une dépendance neurochimique (facteur perpétuant). Et découvrir, en fin de compte, qu'ils ne sont pas des monstres, des lâches, des immoraux, mais des êtres humains aux prises d'un mal qui n'a pas été un choix et dont il est infiniment difficile d'en sortir sans soutien.
Entre autres parce que la toxicomanie est un problème de santé publique, mais aussi parce que la médecine est au service de tous les citoyens, sans égard à leur statut, avec une obligation accrue envers les plus vulnérables, les professionnels de la santé se doivent de donner la main aux toxicomanes. Il faut aller au-delà des jugements moraux et plonger au coeur de la détresse, telle qu'elle se présente. On s'abstient de juger, on soigne, on soulage la souffrance du mieux qu'on peut. En même temps, on se renseigne et on défait peu à peu les stéréotypes sans fondement qui opposent les esprits conservateurs aux programmes de réduction des méfaits (au Canada : CRAN, NAOMI, Insite), que la science a maintes fois éprouvés.
Le Souper Tapas sur la médecine de rue a été une révélation. Autour de la table de discussion garnie d'un délicieux buffet, après des échanges édifiants avec les intervenants qui cumulent des années d'expérience sur le terrain, en contact direct avec les populations marginalisées, j'ai trouvé ma vocation.
LA TOXICOMANIE! Pourquoi m'attire-t-elle autant? Alors que l'ignorance engendre le mépris, la compréhension mène à la compassion, l'information à l'action. D'où la puissance de l'éducation comme outil de développement et de changement social. J'ai appris. J'ai compris. Je me lance!
L'attrait vient aussi de la révolte, celle qu'on a tous ressenti lorsque confronté à une injustice aberrante qui laisse un goût amer dans la gorge et une sensation nauséuse dans l'estomac, mais qui pousse au combat comme rien d'autre!
Et la toxicomanie, c'est tout un univers d'injustice, issue de mythes et de préjugés profondément ancrés dans nos esprits moralisateurs et dédaigneux. Cet univers tabou et marginal éveille difficilement la sympathie des gens, parce qu'ils voient la toxicomanie comme auto-infligée, auto-perpétuée et condamnable par la loi et la morale. On laisse donc les "drogués" s'injecter en cachette, s'infecter au bout de seringues malpropres et mourir overdosés dans la rue, en se disant qu'ils l'ont "cherché". En les déshumanisant, on accepte plus facilement leur sort. Parce qu'ils nous font peur, c'est un peu plus facile de fermer les yeux devant leur désarroi. Ce sont les vrais rebuts de la société.
Pourtant, ce n'est pas si simple. On pourrait passer notre temps à juger et à condamner tout le cheminement de ces gens, ce qui les a amené à consommer et abuser, mais si on veut réellement aider, changer, améliorer, il faut d'abord écouter. Écouter l'histoire personnelle complexe, éprouvante, voire traumatique (facteur prédisposant). Comprendre le contexte socio-économique propre à l'individu (facteur de risque). Apprendre sur les phénomènes physiologiques puissants qui entrent en jeu et transforment une consommation hédonique en une dépendance neurochimique (facteur perpétuant). Et découvrir, en fin de compte, qu'ils ne sont pas des monstres, des lâches, des immoraux, mais des êtres humains aux prises d'un mal qui n'a pas été un choix et dont il est infiniment difficile d'en sortir sans soutien.
Entre autres parce que la toxicomanie est un problème de santé publique, mais aussi parce que la médecine est au service de tous les citoyens, sans égard à leur statut, avec une obligation accrue envers les plus vulnérables, les professionnels de la santé se doivent de donner la main aux toxicomanes. Il faut aller au-delà des jugements moraux et plonger au coeur de la détresse, telle qu'elle se présente. On s'abstient de juger, on soigne, on soulage la souffrance du mieux qu'on peut. En même temps, on se renseigne et on défait peu à peu les stéréotypes sans fondement qui opposent les esprits conservateurs aux programmes de réduction des méfaits (au Canada : CRAN, NAOMI, Insite), que la science a maintes fois éprouvés.
Le Souper Tapas sur la médecine de rue a été une révélation. Autour de la table de discussion garnie d'un délicieux buffet, après des échanges édifiants avec les intervenants qui cumulent des années d'expérience sur le terrain, en contact direct avec les populations marginalisées, j'ai trouvé ma vocation.
lundi 13 avril 2009
L'ascétisme et la débauche
Les pensées et les émotions se bousculent dans ma boîte crânienne sur le bord d'exploser. Le calme avant la tempête est passée, l'intempérie s'abat, impitoyable et la certitude s'enfuit à pas de géant.
Le Mexique. J'étais pourtant certaine de ma décision jusqu'à il y a quelques semaines. Comme l'Écosse qui précéda la Suisse, ma prochaine destination avait été judicieusement choisie selon un bilan calculé des pour et des contre, mais des attraits étrangers sont venus semer le doute. Cuba. Colombie. Deux autres terres me chuchotent maintenant des mots doux à l'oreille. Je crois entendre une douce mélodie venant de l'hémisphère opposée, m'appelant, me tentant. Mes pieds tapent le sol, mon corps s'emporte, se déhanche et mon coeur ne résiste plus.
Une soirée dans une taverne de gitans, au son de musique envoûtante, pour défaire toute une semaine de réflexion. Une danse sensuelle pour défaire une année de combat spirituel. Le pouvoir des sens peut tout bousculer... et m'apeure comme jamais auparavant. L'ouïe, l'odorat, le goût, la vision et le toucher. Des forces terriblement puissantes contre lesquelles on lutte chaque jour en tant qu'être moral et membre de la société. Lorsqu'elles prennent le dessus, on parle de péché ou de faiblesse. Lorsqu'elles s'érodent, on parle de frustration et de fadeur. Mais peut-il jamais y avoir de victoire? Ceux qui y cèdent vivent de passion déchue ; ceux qui s'en privent vivent d'une sérénité languissante. Pourtant, mon passé ascétique qui a toujours camouflé une âme bouillonnante me pousse vers le plus dénigré des deux extrêmes.
Celle qui a toujours sur-intellectualisée les expériences de la vie découvre maintenant la tyrannie des sens. Le déchirement. Le doute. Le désir. Un statut émotif qu'elle ne s'est jamais permise d'atteindre grâce aux mécanismes de défense consolidés depuis l'enfance. Cette fois-ci aussi, elle avait réussi à refouler les pulsions sous un couvert de moralité. Mais hier... La vertu se prosterne aujourd'hui devant le vice. Fort déconcertée, elle tente de réaménager sa vie qui a été taillée au milieu d'une jungle de règles et de structures, où l'incertitude n'avait pas sa place. L'ego souffre. Le libido se frotte les mains. L'avenir qui s'annonçait rectiligne et cristallin s'est rempli à la fois de brume et d'étincelles. Elle avance à tâtons, de gré et de force, craintive, à la recherche d'un repère familier, réconfortant, et oui s'il le faut, délusoire.
Une chance que j'ai encore la jeunesse de mon côté pour survivre à cette tempête.
Le Mexique. J'étais pourtant certaine de ma décision jusqu'à il y a quelques semaines. Comme l'Écosse qui précéda la Suisse, ma prochaine destination avait été judicieusement choisie selon un bilan calculé des pour et des contre, mais des attraits étrangers sont venus semer le doute. Cuba. Colombie. Deux autres terres me chuchotent maintenant des mots doux à l'oreille. Je crois entendre une douce mélodie venant de l'hémisphère opposée, m'appelant, me tentant. Mes pieds tapent le sol, mon corps s'emporte, se déhanche et mon coeur ne résiste plus.
Une soirée dans une taverne de gitans, au son de musique envoûtante, pour défaire toute une semaine de réflexion. Une danse sensuelle pour défaire une année de combat spirituel. Le pouvoir des sens peut tout bousculer... et m'apeure comme jamais auparavant. L'ouïe, l'odorat, le goût, la vision et le toucher. Des forces terriblement puissantes contre lesquelles on lutte chaque jour en tant qu'être moral et membre de la société. Lorsqu'elles prennent le dessus, on parle de péché ou de faiblesse. Lorsqu'elles s'érodent, on parle de frustration et de fadeur. Mais peut-il jamais y avoir de victoire? Ceux qui y cèdent vivent de passion déchue ; ceux qui s'en privent vivent d'une sérénité languissante. Pourtant, mon passé ascétique qui a toujours camouflé une âme bouillonnante me pousse vers le plus dénigré des deux extrêmes.
Celle qui a toujours sur-intellectualisée les expériences de la vie découvre maintenant la tyrannie des sens. Le déchirement. Le doute. Le désir. Un statut émotif qu'elle ne s'est jamais permise d'atteindre grâce aux mécanismes de défense consolidés depuis l'enfance. Cette fois-ci aussi, elle avait réussi à refouler les pulsions sous un couvert de moralité. Mais hier... La vertu se prosterne aujourd'hui devant le vice. Fort déconcertée, elle tente de réaménager sa vie qui a été taillée au milieu d'une jungle de règles et de structures, où l'incertitude n'avait pas sa place. L'ego souffre. Le libido se frotte les mains. L'avenir qui s'annonçait rectiligne et cristallin s'est rempli à la fois de brume et d'étincelles. Elle avance à tâtons, de gré et de force, craintive, à la recherche d'un repère familier, réconfortant, et oui s'il le faut, délusoire.
Une chance que j'ai encore la jeunesse de mon côté pour survivre à cette tempête.
mardi 31 mars 2009
Les forces de la nature
La psychiatrie est une spécialité médicale fascinante. M'ayant toujours paru nébuleuse et stigmatisante, je ressentais une méfiance viscérale face à la surmédicalisation du comportement humain et le fatalisme des diagnostics psychiatriques. Mais comme ce fut le cas pour le programme de médecine en général, mes préjugés ont été nuancés par l'approche ouverte et flexible - du moins dans l'enseignement moderne de la psychiatrie.D'abord, la distinction entre traits et troubles. Il existe bien sûr un large spectrum entre la normalité et la pathologie, englobant toutes les variantes possibles d'un pôle à l'autre. Les traits schizotypiques ne font pas un schizophrène ; les traits paranoïdes ne font un paranoïaque. Le responsable du cours a averti d'avance les étudiants en médecine qu'ils allaient tous se reconnaître dans l'un ou l'autre des troubles étudiés.
Ensuite, le seuil de diagnostic. Évidemment, la décision qu'un patient doit avoir 1, 3 ou 5 critères pour remplir les conditions d'un diagnostic est un choix largement arbitraire qui ne se fonde pas sur des données probantes ou une réalité physiologique, mais plutôt l'obligation de trancher pour établir des standards communs entre scientifiques et cliniciens de tous les pays. Le choix de traiter ou de ne pas traiter repose donc sur un jugement subjectif, qui doit considérer le tableau clinique dans sa globalité plutôt que la seule présence de déviation.Ensuite, le critère C. Même si un individu réunit tous les critères d'un quelconque trouble de personnalité, s'il n'y a pas de souffrance ni d'altération du fonctionnement social ou professionnel, un diagnostic psychiatrique ne peut se poser. En d'autres mots, il faut que le problème ait un impact significatif sur la vie quotidienne pour être considéré une maladie.
Enfin, il n'y a pas vraiment de distinction entre les maladies de l'esprit et celles du corps. Elles ont toutes leur origine dans une pathophysiologie particulière, localisée dans un ou plusieurs organes. Tandis qu'une pancréatite atteint le pancréas, les troubles psychiatriques touchent le cerveau - cette structure omnipotente et vitale qui dirige tout. Cela ne veut pas dire que la socialisation n'a pas d'effet sur l'état psychologique d'une personne, mais plutôt que toute maladie mentale, indépendamment de sa cause (biologique, sociale ou environnementale), se manifeste de façon physique.Ce qui m'a le plus surprise, tout comme dans mon cours de psychologie de l'enfance, c'est l'importance des facteurs génétiques. Adepte de l'auto-détermination, j'ai toujours cru que l'être humain était le résultat d'une lutte de pouvoir entre les forces sociales et la volonté personnelle, avec une influence mineure de la biologie. Pourtant, des études génétiques à grande échelle ont démontré à plusieurs reprises le rôle des gènes dans le comportement et la personnalité des individus.
Prenons l'exemple de l'alcoolisme. Une personne avec histoire familiale d'alcoolisme est 3 à 4 fois plus à risque de devenir alcoolique qu'une personne sans parenté alcoolique. Pour montrer l'influence de la génétique, une étude sur des centaines de jumeaux aux États-Unis a révélé que la concordance de l'alcoolisme est beaucoup plus élevée chez les jumeaux monozygotes (identiques) que chez les dizygotes (fraternels), c'est-à-dire que les jumeaux qui ont le même ADN vont manifester conjointement un trouble comme l'alcoolisme beaucoup plus souvent que les jumeaux qui partagent seulement 50% de leurs gènes. Les données ont été confirmées par les études sur les enfants adoptés : les enfants de parents alcooliques sont beaucoup plus à risque de devenir alcooliques, même s'ils ont été séparés de leurs parents biologiques à la naissance et élevés dans l'igorance de l'alcoolisme familial. Par ailleurs, les enfants adoptés ayant grandi dans une famille d'accueil alcoolique ne sont pas plus à risque que la population générale de devenir alcooliques si la parenté biologique est normale. En fait, pour l'alcoolisme, les facteurs génétiques expliqueraient 60% de la variance et les facteurs environnementaux le reste!Des résultats semblables ont été obtenus dans les études sur la toxicomanie liée à d'autres substances, la schizophrénie et une panoplie de troubles psychiatriques. Pareillement pour les cancers et le diabète. Il faut croire qu'en dépit de nos progrès technologiques et notre apparente maîtrise de la nature, celle-ci garde une mainmise subtile mais puissante sur nous!
samedi 31 janvier 2009
Study hard, play hard
J'ai promis de parler des MedGames, ces jeux annuels qui ont eu lieu en janvier 2009 à l'U de M. 2500 étudiants de toutes les facultés de médecine du Canada, des centaines de bénévoles, des dizaines d'activités, un weekend de sports et de débauche... Et moi là-dedans?1) Bénévole de l'équipe verte
2) Danseuse de l'équipe de cheerleading
3) Surfeuse... pas aux MedGames, mais avec le McGill Snowboarding Club
Combinaison bizarre, vous dites? Tout à fait. Je me suis retrouvée dans plusieurs situations bizarres, apparemment contradictoires, depuis le début de la médecine. Situations qui reflètent mes tentatives de 1) m'intégrer à la classe ("conformisme") ; 2) lutter contre le courant ("dissidence"). Pas facile d'y trouver l'équilibre. La tension qui existe entre ces deux tendances a toujours représenté, pour moi, le plus grand défi de la personne militante, qui ne doit ni suivre la masse dans sa déchéance, ni s'aliéner de la masse si elle espère l'influencer.
J'ai donc passé un après-midi dans le lobby de l'hôtel, à solliciter les participants pour une contribution aux fonds de neutralisation des gaz à effet de serre générés lors de l'événement. Étonnament, bien que les MedGames se comparent difficilement aux manifestations et rassemblements solidaires, la foule, l'énergie, et le contact avec des collègues d'ailleurs m'ont mise dans un état d'excitation déclenché par tout mouvement de masse.
J'avais plutôt hâte au party d'ouverture, malgré le code vestimentaire trop formel et le couvre-feu que je m'étais imposée. Arrivée au Vieux-Port, j'ai dû m'arrêter un instant, bouche bée. Le Centre des Sciences, ce complexe gigantesque généralement vide, austère et gris durant le jour, diffusait une musique étourdissante et était tout illuminé par des faisceaux dansants multicolores, éclairant trois immenses salles de danse remplies à craquer de demoiselles fardées et de jeunes hommes cravatés. J'ai fini par danser jusqu'à ce que la douleur me contraigne à ôter mes souliers et la conscience me force à sagement mettre le cap vers la maison.
Quelques heures plus tard, je somnolais sur un autobus en direction d'Obamaland. En compagnie d'un groupe d'étudiants internationaux que j'ai rencontré un peu par hasard il y a 2 ans, dans une station de ski, j'ai passé la journée à dévaler les pistes du fameux Jay Peak. Émerveillée par les arbres givrés et les panneaux bilingues (!) dans ce village du Vermont, je me suis bien amusée, comme toujours, avec cette gang hétéroclite de créatures séduisantes et imprévisibles, que sont les étudiants internationaux. Leur attrait, ressenti par tous les jeunes qui font des échanges et tous les amateurs de l'Auberge espagnole, réside dans la volonté de tout essayer, l'ouverture à tout connaître et l'inlassable joie de vivre propre à la jeunesse et à l'aventure.
Et finalement, le dernier jour de cette fin de semaine mouvementée : la cérémonie de clôture - en d'autres mots, la compétition de cheerleading. L'excitation pré-performance me rappelait les spectacles de hip-hop avec la troupe. Le buzz du showbiz. Un sentiment qui rend accroc. Peu importe qu'on l'ait remporté, c'est ce high indescriptible qui m'a le plus comblée et m'a redonné soif pour les arts de la scène et le monde du spectacle.En fin de compte, les MedGames n'auront pas été cette belle occasion de rapprochement entre les facultés, selon l'image marketée par les organisateurs, mais plutôt un weekend de pur divertissement, peut-être même un gaspillage d'efforts et de ressources, et certainement un catharsis traditionnel pour des jeunes trop studieux, trop privilégiés. La modérée en moi y consent ; la révoltée s'insurge.
dimanche 11 janvier 2009
Décalage entre preuves et pratiques
À en croire la dernière unité étudiée, mon abstinence de viande ferait de moi une anémique frêle, en manque de fer et de vitamine B12, épuisée et essoufflée, voire à risque de problèmes neurologiques comme la démence ou la perte de sensibilité périphérique. Si tel est le portrait du végétarisme peint par le Harrison, bible de la médecine interne, ainsi que les professeurs d'hématologie, alors les médecins, ces supposés experts en matière de santé, continueront à propager le mythe du végétarien maladif.
Les données qui ont servi de fondement à ces hypothèses (1) :
1) Des études physiologiques montrant une meilleure absorption du fer provenant de sources animales
2) Des études biochimiques montrant une inhibition de l'absorption du fer par des phytates, présents dans les légumes
3) Des études populationnelles montrant des carences en vitamine B12 chez les hindous végétaliens
Avec de telles données, il n'est pas surprenant que l'imaginaire collectif s'attache à l'idée qu'on ne peut vivre sans viande et qu'un régime végétarien est synonyme de carences multiples. Combien de fois m'a-t-on dit en Chine que j'allais devenir malade si je ne mangeais pas de viande? Et lors de mon stage au Pérou, les programmes de nutrition encourageait la population à augmenter sa consommation de viande pour prévenir l'anémie et d'autres maladies.
Pourtant, les données probantes qui vont dans l'autre sens sont nombreuses et convaincantes :
LE FER
Le fer végétal est non-hème. Il est donc plus sensible aux inhibiteurs d'absorption, mais aussi aux promoteurs d'absorption. Ainsi, même si les phytates réduisent l'absorption, la vitamine C et les autres acides organiques des végétaux rehaussent l'absorption. (2-4)
Par conséquent, les besoins en fer des végétariens est augmenté d'un maigre... 1,8 fois. (5) Catastrophique, n'est-ce pas? Surtout considérant les études qui démontrent que le corps s'adapte au régime sur le long terme en augmentant l'efficacité de l'absorption du fer. (6-7) Et que les végétaliens et végétariens consomment en moyenne plus de fer que les omnivores. (8)
D'ailleurs l'incidence d'anémie chez les végétariens est égale à celle dans la population générale! (9-10)
LA VITAMINE B12
C'est l'unique nutriment qui est absent d'un régime sans produit animal. En effet, une alimentation végétarienne peut satisfaire aux recommandations nutritionnelles pour toutes les autres micro et macromolécules dont notre corps a besoin. (11)
L'apport quotidien recommandé en B12 est infinitésimal - 1 à 3 microgrammes, or 1/1 000 000 g (12) - indice que notre corps a été conçu pour un régime faible en B12. Même en l'absence totale de consommation de B12, nos réserves corporelles peuvent durer entre 3 et 20 ans (les experts ne sont pas d'accord et ça varie d'une personne à l'autre). (12, 13)
Autrefois, lorsque nous mangions directement de la terre, nos besoins minimaux en B12 pouvaient être comblés, comme chez ces Hindous végétaliens, par l'ingestion sporadique de bactéries. Mais aujourd'hui, compte tenu de nos normes modernes d'hygiène alimentaire, il n'y a presque plus de contamination des légumes et fruits par des bactéries productrices de B12 et les seules sources fiables de cette vitamine sont alors animales. (12)
Malgré tout, les végétaliens en Amérique du Nord consomment la B12 en quantité suffisante puisqu'elle est ajoutée à plusieurs aliments fortifiés (lait de soya, céréales, levure) et produits destinés aux végétariens (simili-viandes, végé-pâté, etc.). (14)
Une carence en fer ou en vitamine B12 peut causer de l'anémie. Selon les médecins, le végétarisme est un facteur de risque. Selon les nutritionnistes, c'est un facteur de protection. (11)
Au Pérou, lorsque les employés du Centro de Salud ont comparé entre eux leur niveau d'hémoglobine, les résultats étaient surprenants : j'avais 158, comparé à la moyenne de 130. Oui oui, moi, la végétarienne maladive, produisait des globules rouges en abondance tandis que mes collègues mangeurs de viande se rapprochaient de l'anémie. Et ce, même s'ils étaient des gens éduqués, de classe moyenne et en bonne santé, ayant grandi dans les Andes (à 3 500m d'altitude, où l'oxygène diminue et le besoin de globules rouges augmente) et mangeant un régime particulièrement carnivore, à base de viande et de poisson. Malgér tous ces facteurs qui, selon les livres de médecine, devaient leur donner un avantage comparatif, leur niveau d'hémoglobine ne se mesurait même pas à celui de la végé.
Ça m'a beaucoup fait réfléchir. Il devait y avoir d'autres facteurs impliqués. Pourquoi l'anémie était-elle si prévalente dans une population montagnarde mangeuse de viande? Est-ce que le manque de légumes et de fruits dans leur régime pouvait y avoir quelconque influence? Ce n'est pas pour rien que ceux-ci constituent la catégorie d'aliments dont on a le plus besoin, selon le Guide alimentaire canadien. Sans les promoteurs d'absorption des végétaux, avec une malnutrition chronique par manque de vitamines et de minéraux, le fer animal, même avec ses avantages moléculaires, ne peut être adéquatement absorbé.
D'où l'importance de différencier le in vitro du in vivo. La réalité est beaucoup plus complexe que les théories biochimique et physiologique. Et si les médecins prenaient le temps de lire les méta-analyses (11), summum du evidence-based medicine, on se rendrait compte que les anecdotes médicales et les opinions d'experts perpétuent souvent des mythes non fondés - tel que celui du végétarien anémique.
À LIRE
Méta-analyse de 256 études sur le végétarisme : American Dietetic Association and Dietitians of Canada. (2003). Position of the American Dietetic Association and Dietitians of Canada: Vegetarian Diets. Public Policy Statements. Can J of Diet Pract and Res. 64: 62-81.
Mon blog : Pourquoi j'ai décidé de ne plus manger de viande
(1) Fauci A.S., et al. (2008). Harrison's Principles of Internal Medicine, 17th Edition. McGraw-Hill's AccessMedicine: Harrison's Online.
(2) Gillooly M., et al. (1983). The effects of organic acids, phytates, and polyphenols on the absorption of iron from vegetables. Br J Nutr. 49: 331-342.
(3) Hallberg L. & Hulthen L. (2000). Prediction of dietary iron absorption: an algorithm for calculating absorption and bioavailability of dietary iron. Am J Clin Nutr. 71: 1147-1160.
(4) Sandstrom B. (2001). Micronutrient interactions: effects on absorption and bioavailability. Br J Nutr. 85 Suppl 2: S181-S185.
(5) Food and Nutrition Board, Institute of Medicine. (2001). Dietary Reference Intakes for Vitamin A, Vitamin K, Arsenic, Boron, Chromium, Copper, Iodine, Iron, Manganese, Molybdenum, Nickel, Silicon, Vanadium, and Zinc. Washington, DC: National Academy Press.
(6) Hunt J.R. & Roughead Z.K. (1999). Nonheme-iron absorption, fecal ferritin excretion, and blood indexes of iron status in women consuming controlled lactoovovegetarian diets for 8 wk. Am J Clin Nutr. 69: 944-952.
(7) Hunt J.R. & Roughead Z.K. (2000). Adaptation of iron absorption in men consuming diets with high or low iron bioavailability. Am J Clin Nutr. 71: 94-102.
(8) Messina M.J. & Messina V.L. (1996). The Dietitian's Guide to Vegetarian Diets: Issues and Applications. Gaithersburg, M.D. Aspen Publishers.
(9) Larsson C.L. & Johansson G.K. (2002). Dietary intake and nutritional status of young vegans and omnivores in Sweden. Am J Clin Nutr. 76: 100-106.
(10) Ball M.J. & Bartlett M.A. (1999). Dietary intake and iron status of Australian vegetarian women. Am J Clin Nutr. 70: 353-358.
(11) American Dietetic Association and Dietitians of Canada. (2003). Position of the American Dietetic Association and Dietitians of Canada: Vegetarian Diets. Public Policy Statements. Can J of Diet Pract and Res. 64: 62-81.
(12) Fauci A.S., et al. (2008). Idem. Chapter 100: Megaloblastic Anemias.
(13) Herbert V. (1994). Staging vitamin B-12 (cobalamin) status in vegetarians. Am J Clin Nutr. 59: 1213S-1222S
(14) Donaldson M.S. (2000). Metabolic vitamin B12 status on a mostly raw vegan diet with follow-up using tablets, nutritional yeast, or probiotic supplements. Ann Nutr Metab. 44: 229-234.
Les données qui ont servi de fondement à ces hypothèses (1) :
1) Des études physiologiques montrant une meilleure absorption du fer provenant de sources animales
2) Des études biochimiques montrant une inhibition de l'absorption du fer par des phytates, présents dans les légumes
3) Des études populationnelles montrant des carences en vitamine B12 chez les hindous végétaliens
Avec de telles données, il n'est pas surprenant que l'imaginaire collectif s'attache à l'idée qu'on ne peut vivre sans viande et qu'un régime végétarien est synonyme de carences multiples. Combien de fois m'a-t-on dit en Chine que j'allais devenir malade si je ne mangeais pas de viande? Et lors de mon stage au Pérou, les programmes de nutrition encourageait la population à augmenter sa consommation de viande pour prévenir l'anémie et d'autres maladies.
Pourtant, les données probantes qui vont dans l'autre sens sont nombreuses et convaincantes :
LE FER
Le fer végétal est non-hème. Il est donc plus sensible aux inhibiteurs d'absorption, mais aussi aux promoteurs d'absorption. Ainsi, même si les phytates réduisent l'absorption, la vitamine C et les autres acides organiques des végétaux rehaussent l'absorption. (2-4)
Par conséquent, les besoins en fer des végétariens est augmenté d'un maigre... 1,8 fois. (5) Catastrophique, n'est-ce pas? Surtout considérant les études qui démontrent que le corps s'adapte au régime sur le long terme en augmentant l'efficacité de l'absorption du fer. (6-7) Et que les végétaliens et végétariens consomment en moyenne plus de fer que les omnivores. (8)
D'ailleurs l'incidence d'anémie chez les végétariens est égale à celle dans la population générale! (9-10)
LA VITAMINE B12
C'est l'unique nutriment qui est absent d'un régime sans produit animal. En effet, une alimentation végétarienne peut satisfaire aux recommandations nutritionnelles pour toutes les autres micro et macromolécules dont notre corps a besoin. (11)
L'apport quotidien recommandé en B12 est infinitésimal - 1 à 3 microgrammes, or 1/1 000 000 g (12) - indice que notre corps a été conçu pour un régime faible en B12. Même en l'absence totale de consommation de B12, nos réserves corporelles peuvent durer entre 3 et 20 ans (les experts ne sont pas d'accord et ça varie d'une personne à l'autre). (12, 13)
Autrefois, lorsque nous mangions directement de la terre, nos besoins minimaux en B12 pouvaient être comblés, comme chez ces Hindous végétaliens, par l'ingestion sporadique de bactéries. Mais aujourd'hui, compte tenu de nos normes modernes d'hygiène alimentaire, il n'y a presque plus de contamination des légumes et fruits par des bactéries productrices de B12 et les seules sources fiables de cette vitamine sont alors animales. (12)
Malgré tout, les végétaliens en Amérique du Nord consomment la B12 en quantité suffisante puisqu'elle est ajoutée à plusieurs aliments fortifiés (lait de soya, céréales, levure) et produits destinés aux végétariens (simili-viandes, végé-pâté, etc.). (14)
Une carence en fer ou en vitamine B12 peut causer de l'anémie. Selon les médecins, le végétarisme est un facteur de risque. Selon les nutritionnistes, c'est un facteur de protection. (11)
Au Pérou, lorsque les employés du Centro de Salud ont comparé entre eux leur niveau d'hémoglobine, les résultats étaient surprenants : j'avais 158, comparé à la moyenne de 130. Oui oui, moi, la végétarienne maladive, produisait des globules rouges en abondance tandis que mes collègues mangeurs de viande se rapprochaient de l'anémie. Et ce, même s'ils étaient des gens éduqués, de classe moyenne et en bonne santé, ayant grandi dans les Andes (à 3 500m d'altitude, où l'oxygène diminue et le besoin de globules rouges augmente) et mangeant un régime particulièrement carnivore, à base de viande et de poisson. Malgér tous ces facteurs qui, selon les livres de médecine, devaient leur donner un avantage comparatif, leur niveau d'hémoglobine ne se mesurait même pas à celui de la végé.
Ça m'a beaucoup fait réfléchir. Il devait y avoir d'autres facteurs impliqués. Pourquoi l'anémie était-elle si prévalente dans une population montagnarde mangeuse de viande? Est-ce que le manque de légumes et de fruits dans leur régime pouvait y avoir quelconque influence? Ce n'est pas pour rien que ceux-ci constituent la catégorie d'aliments dont on a le plus besoin, selon le Guide alimentaire canadien. Sans les promoteurs d'absorption des végétaux, avec une malnutrition chronique par manque de vitamines et de minéraux, le fer animal, même avec ses avantages moléculaires, ne peut être adéquatement absorbé.
D'où l'importance de différencier le in vitro du in vivo. La réalité est beaucoup plus complexe que les théories biochimique et physiologique. Et si les médecins prenaient le temps de lire les méta-analyses (11), summum du evidence-based medicine, on se rendrait compte que les anecdotes médicales et les opinions d'experts perpétuent souvent des mythes non fondés - tel que celui du végétarien anémique.
À LIRE
Méta-analyse de 256 études sur le végétarisme : American Dietetic Association and Dietitians of Canada. (2003). Position of the American Dietetic Association and Dietitians of Canada: Vegetarian Diets. Public Policy Statements. Can J of Diet Pract and Res. 64: 62-81.
Mon blog : Pourquoi j'ai décidé de ne plus manger de viande
(1) Fauci A.S., et al. (2008). Harrison's Principles of Internal Medicine, 17th Edition. McGraw-Hill's AccessMedicine: Harrison's Online.
(2) Gillooly M., et al. (1983). The effects of organic acids, phytates, and polyphenols on the absorption of iron from vegetables. Br J Nutr. 49: 331-342.
(3) Hallberg L. & Hulthen L. (2000). Prediction of dietary iron absorption: an algorithm for calculating absorption and bioavailability of dietary iron. Am J Clin Nutr. 71: 1147-1160.
(4) Sandstrom B. (2001). Micronutrient interactions: effects on absorption and bioavailability. Br J Nutr. 85 Suppl 2: S181-S185.
(5) Food and Nutrition Board, Institute of Medicine. (2001). Dietary Reference Intakes for Vitamin A, Vitamin K, Arsenic, Boron, Chromium, Copper, Iodine, Iron, Manganese, Molybdenum, Nickel, Silicon, Vanadium, and Zinc. Washington, DC: National Academy Press.
(6) Hunt J.R. & Roughead Z.K. (1999). Nonheme-iron absorption, fecal ferritin excretion, and blood indexes of iron status in women consuming controlled lactoovovegetarian diets for 8 wk. Am J Clin Nutr. 69: 944-952.
(7) Hunt J.R. & Roughead Z.K. (2000). Adaptation of iron absorption in men consuming diets with high or low iron bioavailability. Am J Clin Nutr. 71: 94-102.
(8) Messina M.J. & Messina V.L. (1996). The Dietitian's Guide to Vegetarian Diets: Issues and Applications. Gaithersburg, M.D. Aspen Publishers.
(9) Larsson C.L. & Johansson G.K. (2002). Dietary intake and nutritional status of young vegans and omnivores in Sweden. Am J Clin Nutr. 76: 100-106.
(10) Ball M.J. & Bartlett M.A. (1999). Dietary intake and iron status of Australian vegetarian women. Am J Clin Nutr. 70: 353-358.
(11) American Dietetic Association and Dietitians of Canada. (2003). Position of the American Dietetic Association and Dietitians of Canada: Vegetarian Diets. Public Policy Statements. Can J of Diet Pract and Res. 64: 62-81.
(12) Fauci A.S., et al. (2008). Idem. Chapter 100: Megaloblastic Anemias.
(13) Herbert V. (1994). Staging vitamin B-12 (cobalamin) status in vegetarians. Am J Clin Nutr. 59: 1213S-1222S
(14) Donaldson M.S. (2000). Metabolic vitamin B12 status on a mostly raw vegan diet with follow-up using tablets, nutritional yeast, or probiotic supplements. Ann Nutr Metab. 44: 229-234.
dimanche 7 décembre 2008
Entre le snobisme et le charlatanisme
J'avais tellement hâte à mon cours sur les médecines complémentaires la semaine dernière! Étant donné mes inclinations personnelles et politiques, je sympathisais naturellement avec cette forme de soins. Ne pouvant dissiper mes préjugés, malgré mon opinion favorable de mon programme, je me disais que le cours présenterait probablement le sujet avec une certaine méfiance typique du point de vue biomédical-occidental. Je n'ai pas eu tort. Mais étonnament, j'en suis venue à comprendre et à être d'accord avec certaines préoccupations soulevées.
LES PRODUITS DE SANTÉ NATURELS
Un pharmacien est d'abord venu nous parler des produits de santé naturels (PSN). Pharmacien, vous dites? Je vous l'accorde : sa présentation était certainement biaisée et très critique des PSN. Mais il a soulevé des bons points. Le marché des PSN, qui connaît une croissance phénoménale dernièrement, n'est pas encore règlementé au Canada et donne lieu à de la fausse publicité et des mauvaises surprises. Alors que les médicaments sont strictement contrôlés et doivent afficher en détails les effets secondaires, les contre-indications et les interactions avec d'autres médicaments, ainsi que la liste d'ingrédients (actifs et non-actifs), les PSN tombent dans une catégorie floue (ni aliments, ni médicaments) dont l'étiquetage est à la discrétion des fabricants. De plus, les PSN peuvent être mis sur marché sans passer par les essais de laboratoire et cliniques effectués sur les médicaments, qui servent à vérifier la sécurité et évaluer l'efficacité. Résultats : des promesses de guérison trompeuses et des solutions-miracles ; des pilules qui causent des allergies sévères, des pertes d'organes et même la mort ; des remèdes qui aggravent les maladies chroniques de l'acheteur, etc.
Le pharmacien nous a parlé pendant une heure et demie de cas réels de patients qui sont tombés gravement malades suite à la prise de PSN. Il répétait sans cesse que naturel ≠ bon (et certainement pas non-nuisible). Selon lui, puisque le monde végétal n'a pas l'agilité et l'intelligence des animaux, il se sert de la chimie pour se défendre et survivre. C'est pourquoi la pharmacopée moderne s'est tant inspirée des végétaux : 30% des médicaments viennent directement d'extraits de plantes, la plupart des autres sont des molécules naturelles modifiées et la minorité est purement synthétique. La différence, donc, entre les médicaments et les PSN c'est que les premiers sont une ou quelques molécules isolées, spécifiques, dont les effets ont été évalués pendant des années avant la mise en vente, tandis que les derniers sont une dizaine ou centaine de molécules mélangées, souvent mystérieuses, dont les effets sont peu ou pas connus et se sont avérés dangereux plus d'une fois.
La leçon que j'ai apprise de cette présentation est qu'il faut faire des choix éclairés et ne pas accepter tout ce qui tombe supposément dans une même catégorie. Bien que je sois partisane de l'alimentation naturelle, l'agriculture biologique, le plein air et dans l'ensemble, une proximité accrue avec la nature, je n'ai pas l'obligation, par défaut, de cautionner le marché des PSN. Après tout, ce sont bien souvent des produits issus d'entreprises commerciales, même de compagnies pharmaceutiques, qui cherchent à se faire du profit avec le moins de contrôle législatif possible. L'attrait des PSN, auquel je ne suis pas insensible, doit donc être dosé par de l'information crédible et balancée et une prudence de mise pour toute substance ingérée. La clé, c'est savoir nuancer : contrairement à ce que prétendait le conférencier, les PSN peuvent réellement être bénéfiques, mais contrairement aux croyances de certains adeptes de santé naturelle, ils ne sont pas inoffensifs de nature.
LES MÉDECINES ALTERNATIVES
Ensuite sont venus deux ostéopathes pour nous parler de leur profession. J'avoue que j'étais pas mal ignorante à ce sujet. Mais même si j'ai écouté avec intérêt et ouverture d'esprit, je n'ai pas été entièrement convaincue par les propos des conférenciers, comme je l'aurais voulu.
Insatisfaite de la présentation vague et douteuse, j'ai fait des recherches sur internet pour en apprendre davantage et ne pas sauter trop vite à des conclusions. J'ai effectivement trouvé des études qui démontraient l'efficacité de l'ostéopathie pour certains problèmes loco-moteurs, vertébraux et musculaires. En réaction aux moqueries de mes camarades de classe, je me suis lancée à la défense de l'ostéopathie, malgré son "manque de rigueur scientifique" et son "efficacité non prouvée, basée sur l'effet placebo", de peur que toutes les médecines complémentaires soient mises dans le même bateau et classifiées de charlatanisme. J'avais déjà remarqué un certain snobisme dans la classe lors des présentations des infirmiers et des ergothérapeutes (professions qui, en passant, étaient autrefois dénigrées et marginalisées comme l'ostéopathie l'est aujourd'hui), attitude qui m'avait terriblement choquée de la part d'étudiants en 1ère année de médecine. Arrogance, à ce stade!
Je me suis intéressée à la raison d'être des médecines alternatives et à l'origine de la demande croissante pour ses services. Si la médecine moderne répondait à tous les besoins des patients, elle n’aurait pas de compétiteurs. Mais elle est déficiente sur le plan du « care » en ne valorisant que le « cure ». Oui à la rigueur scientifique mais non à la rigidité scientifique. L’humain n’est pas réduit à son corps, et dans la maladie et la guérison, même les médecins admettent qu’il y a des éléments nébuleux que la science n’arrive pas (encore) à s’expliquer. L’effet placebo, pourquoi le dénigrer? N’est-il pas simplement la réponse du patient à la portion des soins qui s’adresse à autre chose que la pathologie, mais qui est quand même efficace parce que toute maladie a des composantes exogènes? Pourquoi nous demande-t-on, en questionnant les patients, d'être empathique, de demander l'impact de la maladie sur le quotidien, de répondre aux attentes de la personne? On déclenche l'effet placebo (!) qui va avoir une influence énorme sur le succès éventuel du traitement. Ça fait partie de soigner! Les médecins d'aujourd'hui ont perdu beaucoup de ce côté et les gens se tournent en masse vers des thérapeutes moins rigoureux, peut-être, mais beaucoup plus attentifs. Faut croire que les malades cherchent plus que la rigueur dans les soins. Temps d'écoute, prise en charge intégrale, suivi, et bien sûr ce sentiment de valorisation qui a des effets curatifs sur tout le monde. Est-ce qu'il faut se retrousser le nez devant ça? L'accuser de charlatanisme? Peut-être faut-il repenser notre modèle biomédical qui perd de plus en plus la confiance et l'adhésion des patients et dont les lacunes sont comblées par les médecines alternatives.
LES PRODUITS DE SANTÉ NATURELS
Le pharmacien nous a parlé pendant une heure et demie de cas réels de patients qui sont tombés gravement malades suite à la prise de PSN. Il répétait sans cesse que naturel ≠ bon (et certainement pas non-nuisible). Selon lui, puisque le monde végétal n'a pas l'agilité et l'intelligence des animaux, il se sert de la chimie pour se défendre et survivre. C'est pourquoi la pharmacopée moderne s'est tant inspirée des végétaux : 30% des médicaments viennent directement d'extraits de plantes, la plupart des autres sont des molécules naturelles modifiées et la minorité est purement synthétique. La différence, donc, entre les médicaments et les PSN c'est que les premiers sont une ou quelques molécules isolées, spécifiques, dont les effets ont été évalués pendant des années avant la mise en vente, tandis que les derniers sont une dizaine ou centaine de molécules mélangées, souvent mystérieuses, dont les effets sont peu ou pas connus et se sont avérés dangereux plus d'une fois.
La leçon que j'ai apprise de cette présentation est qu'il faut faire des choix éclairés et ne pas accepter tout ce qui tombe supposément dans une même catégorie. Bien que je sois partisane de l'alimentation naturelle, l'agriculture biologique, le plein air et dans l'ensemble, une proximité accrue avec la nature, je n'ai pas l'obligation, par défaut, de cautionner le marché des PSN. Après tout, ce sont bien souvent des produits issus d'entreprises commerciales, même de compagnies pharmaceutiques, qui cherchent à se faire du profit avec le moins de contrôle législatif possible. L'attrait des PSN, auquel je ne suis pas insensible, doit donc être dosé par de l'information crédible et balancée et une prudence de mise pour toute substance ingérée. La clé, c'est savoir nuancer : contrairement à ce que prétendait le conférencier, les PSN peuvent réellement être bénéfiques, mais contrairement aux croyances de certains adeptes de santé naturelle, ils ne sont pas inoffensifs de nature.LES MÉDECINES ALTERNATIVES
Ensuite sont venus deux ostéopathes pour nous parler de leur profession. J'avoue que j'étais pas mal ignorante à ce sujet. Mais même si j'ai écouté avec intérêt et ouverture d'esprit, je n'ai pas été entièrement convaincue par les propos des conférenciers, comme je l'aurais voulu.
Insatisfaite de la présentation vague et douteuse, j'ai fait des recherches sur internet pour en apprendre davantage et ne pas sauter trop vite à des conclusions. J'ai effectivement trouvé des études qui démontraient l'efficacité de l'ostéopathie pour certains problèmes loco-moteurs, vertébraux et musculaires. En réaction aux moqueries de mes camarades de classe, je me suis lancée à la défense de l'ostéopathie, malgré son "manque de rigueur scientifique" et son "efficacité non prouvée, basée sur l'effet placebo", de peur que toutes les médecines complémentaires soient mises dans le même bateau et classifiées de charlatanisme. J'avais déjà remarqué un certain snobisme dans la classe lors des présentations des infirmiers et des ergothérapeutes (professions qui, en passant, étaient autrefois dénigrées et marginalisées comme l'ostéopathie l'est aujourd'hui), attitude qui m'avait terriblement choquée de la part d'étudiants en 1ère année de médecine. Arrogance, à ce stade!
Je me suis intéressée à la raison d'être des médecines alternatives et à l'origine de la demande croissante pour ses services. Si la médecine moderne répondait à tous les besoins des patients, elle n’aurait pas de compétiteurs. Mais elle est déficiente sur le plan du « care » en ne valorisant que le « cure ». Oui à la rigueur scientifique mais non à la rigidité scientifique. L’humain n’est pas réduit à son corps, et dans la maladie et la guérison, même les médecins admettent qu’il y a des éléments nébuleux que la science n’arrive pas (encore) à s’expliquer. L’effet placebo, pourquoi le dénigrer? N’est-il pas simplement la réponse du patient à la portion des soins qui s’adresse à autre chose que la pathologie, mais qui est quand même efficace parce que toute maladie a des composantes exogènes? Pourquoi nous demande-t-on, en questionnant les patients, d'être empathique, de demander l'impact de la maladie sur le quotidien, de répondre aux attentes de la personne? On déclenche l'effet placebo (!) qui va avoir une influence énorme sur le succès éventuel du traitement. Ça fait partie de soigner! Les médecins d'aujourd'hui ont perdu beaucoup de ce côté et les gens se tournent en masse vers des thérapeutes moins rigoureux, peut-être, mais beaucoup plus attentifs. Faut croire que les malades cherchent plus que la rigueur dans les soins. Temps d'écoute, prise en charge intégrale, suivi, et bien sûr ce sentiment de valorisation qui a des effets curatifs sur tout le monde. Est-ce qu'il faut se retrousser le nez devant ça? L'accuser de charlatanisme? Peut-être faut-il repenser notre modèle biomédical qui perd de plus en plus la confiance et l'adhésion des patients et dont les lacunes sont comblées par les médecines alternatives.
Inscription à :
Messages (Atom)